Journal de l'école

les langues les plus parlées au cameroun.

 


 

Le Cameroun est bien plus qu’une simple « Afrique en miniature ». Au-delà de l'extraordinaire diversité de ses langues autochtones, le pays se distingue par une dualité linguistique européenne unique, l'anglais et le français y cohabitant comme langues officielles. 

Établir un décompte précis des locuteurs est un défi complexe : la majorité des citoyens jongle quotidiennement avec deux, trois, voire quatre langues, rendant les frontières entre locuteurs natifs et occasionnels particulièrement poreuses.

Voici un état des lieux des principales langues officielles et véhiculaires du pays :

1. Le Français

Langue officielle dominante, elle est maîtrisée par environ 70 % de la population (soit près de 20 millions de locuteurs). Bien que le français soit la langue de l'administration et de l'enseignement, une partie non négligeable de la population l'utilise principalement comme langue seconde, privilégiant les langues locales ou le pidgin dans la sphère privée.

2. L’Anglais

Seconde langue officielle, elle est pratiquée par environ 30 % de la population (6 millions de locuteurs). Son usage dépasse largement les frontières des deux régions anglophones (Nord-Ouest et Sud-Ouest) ; une élite francophone croissante maîtrise désormais avec aisance la langue de Shakespeare.

3. Le Fulfulde (Peul)

Véritable moteur de communication dans le Grand Nord (Adamaoua, Nord, Extrême-Nord), cette langue compte environ 5 millions de locuteurs au Cameroun. Elle possède une dimension transcontinentale, s'étendant de la Gambie à l'Éthiopie. Bien qu'elle se décline en de nombreuses variétés dialectales, elle demeure le ciment social de la zone septentrionale.

4. Le Haoussa

Autre pilier du Septentrion, le Haoussa est également très présent dans le Nord-Ouest et dans les quartiers cosmopolites de Douala et Yaoundé. Avec 4 millions de locuteurs, c'est une langue de commerce majeure en Afrique de l'Ouest (notamment au Nigeria). Il est fréquent que les locuteurs du Fulfulde soient également parfaitement bilingues en Haoussa.

5. L’Ewondo (Kóló)

Langue phare du Centre et du Sud, l'Ewondo est parlé par environ 3 à 4 millions de personnes. Si les Ewondo ne constituent qu'une partie du groupe Béti, leur langue a été adoptée par commodité par les groupes voisins (Eton, Manguissa, etc.), faisant de l'Ewondo la lingua franca de la capitale politique.

6. Le Pidgin English

Création endogène née des contacts coloniaux et commerciaux, le Pidgin est sans doute la véritable « langue nationale » transversale. Parlé par environ 4 millions de personnes, il transcende les barrières ethniques. C'est une langue hybride et vivante qui emprunte son lexique à toutes les strates linguistiques du pays.

7. Les langues Grassfields (Bamiléké / Bamoun)

Ce vaste ensemble bantoïde regroupe environ 7 millions de locuteurs dans les régions de l'Ouest et du Nord-Ouest. Bien qu'il soit risqué de les considérer comme une langue unique en raison de leur forte fragmentation (Ghomala’, Fe’fe’, Medumba, etc.), le Bamoun et le Fe’fe’ se distinguent par des communautés de plus d'un million de locuteurs chacune.

8. Le Douala

Essentiel dans la région du Littoral, le Douala suit la même logique que l'Ewondo : bien que l'ethnie Douala soit numériquement restreinte, leur langue a été adoptée par l'ensemble du groupe Sawa (Bakoko, Pongo, Bankon, etc.) pour les échanges, totalisant ainsi 3 millions de locuteurs.

9. Le Bassa

Parlé par une vaste communauté entre le Littoral et le Centre, le Bassa compte environ 1 million de locuteurs. On note toutefois un phénomène de glissement linguistique, une partie de la communauté Bassa urbaine tendant à privilégier le Douala ou le Français au quotidien.

10. Le Camfranglais

Né dans les cours de récréation et les quartiers populaires, ce mélange d'anglais, de français et de langues locales est le symbole de la créativité urbaine. Bien que les puristes rechignent à lui accorder le statut de langue, il est pratiqué par au moins 1 million de jeunes, s'imposant comme un marqueur d'identité culturelle contemporaine.

 


 

Conclusion

Le paysage linguistique du Cameroun témoigne d'une extraordinaire plasticité culturelle. Loin de se limiter à une juxtaposition de dialectes, le pays a su transformer l'héritage colonial (français et anglais) en outils de communication de masse, tout en laissant émerger des langues véhiculaires puissantes comme le Fulfulde ou le Pidgin.