Chaque année, près de 𝟐𝟎𝟎 𝟎𝟎𝟎 é𝐥è𝐯𝐞𝐬 de Première marquent une pause forcée dans leur cursus pour affronter le 𝐏𝐫𝐨𝐛𝐚𝐭𝐨𝐢𝐫𝐞. Ce rite de passage, aussi stressant que coûteux, se retrouve aujourd'hui au cœur d'un débat houleux. Pourquoi cet examen persiste-t-il ?
𝐔𝐧 𝐝𝐢𝐩𝐥ô𝐦𝐞 𝐬𝐚𝐧𝐬 𝐫é𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐯𝐚𝐥𝐞𝐮𝐫 𝐝'𝐮𝐬𝐚𝐠𝐞
Dans la pratique, le probatoire souffre d'un paradoxe majeur : il valide une étape sans ouvrir de porte.
- 𝐀𝐛𝐬𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐝𝐞 𝐝é𝐛𝐨𝐮𝐜𝐡é𝐬 : Contrairement au Baccalauréat, il ne permet pas l'accès à l'université.
- 𝐈𝐧𝐮𝐭𝐢𝐥𝐢𝐭é 𝐩𝐫𝐨𝐟𝐞𝐬𝐬𝐢𝐨𝐧𝐧𝐞𝐥𝐥𝐞 : Il ne confère aucune qualification reconnue sur le marché de l'emploi et ne donne accès à presque aucun concours administratif (à l'exception notable de la Gendarmerie et des CENAJES).
- 𝐔𝐧 "𝐭𝐮𝐧𝐧𝐞𝐥" 𝐚𝐝𝐦𝐢𝐧𝐢𝐬𝐭𝐫𝐚𝐭𝐢𝐟 : Pour beaucoup, il ne s'agit ni d'un début ni d'une fin, mais d'un goulot d'étranglement qui ralentit le parcours scolaire sans offrir de plus-value académique réelle.
𝐋'é𝐪𝐮𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐟𝐢𝐧𝐚𝐧𝐜𝐢è𝐫𝐞 :
L'organisation de cet examen national brasse des sommes colossales, soulevant des questions sur sa rentabilité réelle.
𝐋𝐞𝐬 𝐫𝐞𝐜𝐞𝐭𝐭𝐞𝐬 : Avec 𝟐𝟎𝟎 𝟎𝟎𝟎 candidats déboursant en moyenne 19 500 FCFA, l'État encaisse environ 𝟒 𝐦𝐢𝐥𝐥𝐢𝐚𝐫𝐝𝐬 𝐝𝐞 𝐅𝐂𝐅𝐀 en frais d'examen .
Ce montant doit couvrir l'impression des épreuves, la sécurisation des centres, ainsi que les vacations des milliers d'enseignants mobilisés pour la surveillance et la correction.
𝐔𝐧 "𝐟𝐢𝐥𝐭𝐫𝐞 𝐬𝐨𝐜𝐢𝐚𝐥" au détriment de la réussite
Le probatoire agit comme un tamis impitoyable. Sous couvert de "sélectionner les meilleurs", il fonctionne surtout comme un outil d'exclusion .
Un échec au probatoire est souvent synonyme d'abandon scolaire.
𝐔𝐧 𝐡é𝐫𝐢𝐭𝐚𝐠𝐞 𝐜𝐨𝐥𝐨𝐧𝐢𝐚𝐥 𝐚𝐛𝐚𝐧𝐝𝐨𝐧𝐧é 𝐩𝐚𝐫 𝐬𝐨𝐧 𝐜𝐫é𝐚𝐭𝐞𝐮𝐫
Le système camerounais reste ancré dans un modèle français des années 1960.
L'origine :En France, l'examen probatoire n'a duré que deux ans (1963-1964) avant d'être supprimé en 1965.
La modernité :Aujourd'hui, la majorité des systèmes éducatifs mondiaux privilégient le "𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫ô𝐥𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐢𝐧𝐮" pour le passage en Terminale, réservant l'examen national au seul Baccalauréat.
𝐋𝐞 𝐩𝐚𝐫𝐚𝐝𝐨𝐱𝐞 𝐣𝐮𝐫𝐢𝐝𝐢𝐪𝐮𝐞 : Une suppression votée mais jamais appliquée
Techniquement, le probatoire devrait déjà appartenir au passé.
La 𝐋𝐨𝐢 𝐝'𝐨𝐫𝐢𝐞𝐧𝐭𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞 𝐥'é𝐝𝐮𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞 𝟏𝟗𝟗𝟖 prévoyait sa suppression dans le cadre d'une harmonisation des sous-systèmes francophone et anglophone.
Le projet initial : Un premier cycle de 5 ans (finissant en Seconde) et un second cycle de 2 ans.
Le blocage : Bien que signée par le Chef de l'État, cette réforme nécessite une refonte globale des curricula qui peine à se concrétiser, laissant l'examen dans une sorte de "vide juridique" permanent.
𝐏𝐨𝐮𝐫𝐪𝐮𝐨𝐢 𝐥𝐞 𝐦𝐚𝐢𝐧𝐭𝐢𝐞𝐧𝐭-𝐨𝐧 𝐦𝐚𝐥𝐠𝐫é 𝐭𝐨𝐮𝐭 ?
Ses partisans avancent quatre arguments clés pour justifier sa survie :
1. 𝐕é𝐫𝐢𝐟𝐢𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞𝐬 𝐚𝐜𝐪𝐮𝐢𝐬 : S'assurer que les bases sont solides avant l'année critique du Bac.
2. 𝐑é𝐠𝐮𝐥𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞𝐬 𝐞𝐟𝐟𝐞𝐜𝐭𝐢𝐟𝐬 : Désengorger les classes de Terminale en éliminant les profils les plus fragiles.
3. 𝐀𝐩𝐩𝐫𝐞𝐧𝐭𝐢𝐬𝐬𝐚𝐠𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐫𝐢𝐠𝐮𝐞𝐮𝐫 : Habituer les élèves à la gestion du stress des examens officiels.
En attendant une hypothétique réforme, nous au Centre Educatif Montessori Bastos avons déjà les yeux rivés sur la session de juin 2026, 63ème de cet examen redouté.
Auteur : - 𝐂𝐥𝐮𝐛 𝐉𝐨𝐮𝐫𝐧𝐚𝐥 - 𝐂𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞 𝐄𝐝𝐮𝐜𝐚𝐭𝐢𝐟 𝐁𝐚𝐬𝐭𝐨𝐬
centre-educatif.org